Stage pistage animalier 27/28 juin 2015

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Stage pistage animalier 27/28 juin 2015

Message par Cecile J. le Ven 28 Aoû 2015 - 23:25

A sa demande, je vous transmets ce texte de Jean-Gabriel :



Pistage animalier.
 
Dans ce stage, nous avons pris conscience que l’on pouvait apprendre à voir dans les traces laissées par le passage des animaux sauvages, des signes d’existences qui ont pris dès lors une consistance singulière et profonde.
Nous apprenons à démêler les nœuds des signes, à ouvrir des pelotes embrouillées pour en trier et en identifier le contenu, à nous servir des moindres indices comme de modes d’emploi pour renouer avec la complexité du monde, l’infinie complexité du vivant.
Nous ne sommes pas seuls sur cette planète et le monde aussi nous habite sans nous appartenir comme il le fait pour toutes les créatures.
Cette résonance est un écho proche et lointain, infiniment ténu et infiniment grand de la mécanique céleste dans laquelle nous tournons et dont nous sommes issus.
Dans ce stage, cette évidence délicatement et modestement énoncée nous a bouleversés.
Ce stage scientifiquement rigoureux, humainement chaleureux, sportif (un peu), poétique (beaucoup) m’a rapproché du monde et des hommes aussi, dans ce qu’ils peuvent partager de meilleur.
Un grand merci à John le grand initié, à Gauthier, à François, à Julien, à Cécile qui m’a convaincu de l’accompagner dans ce qui restera pour moi un très bon et très beau moment de vie.
 
« Liberté, fraternité, oxygène ! »(*)
 
Granjabiel
20 juillet 2015
 
(*) André Breton.
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Cecile J.
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Re: Stage pistage animalier 27/28 juin 2015

Message par Cecile J. le Jeu 14 Jan 2016 - 3:34

Plusieurs mois après les faits, voici enfin mon retour sur ce stage :

Mon arrivée dans la forêt de Moncaup est le fruit d’une succession d’heureux hasards.
Après avoir passé mon permis de chasser, je me suis intéressée à la recherche au sang : associant un homme et son chien, cette discipline consiste à retrouver les animaux blessés par d’autres afin de terminer ce qui a été commencé, évitant au gibier des souffrances inutiles. Pour cela, les conducteurs de chiens de rouge étudient la balistique et apprennent à lire les indices de blessures laissées par l’animal au moment du tir : marques des pieds au sol, poils coupés par la balle, esquilles, « lecture » du sang… Cet enseignement me tentait, mais j’étais confrontée à un problème de taille : l’impossibilité pour moi d’avoir un chien et de pouvoir l’entraîner, quand tout repose sur ce tandem, l’homme s’effaçant clairement derrière les compétences de l’animal.

Je me suis alors souvenue de Dersou Ouzala, ce compagnon imaginaire qui a bercé mon enfance.
Dersou non plus, n’avait pas de chien, comment faisait-il ? D’où lui venait cette capacité à se glisser dans la tête de l’animal pour en déduire ses cheminements – physiques et psychiques - avec exactitude ? C’est cette voie de l’indépendance qui m’intéressait : celle de qui ne requière ni bête, ni technologie. Mais je la pensais éteinte : Dersou était mort, et je croyais son art oublié. C’est pourtant son souvenir qui m’a conduite sur la piste du CFCP.

Car cette approche d’un art du pistage viscéralement ancré dans la nature est exactement celle proposée par John C. Dersou Ouzala était un trappeur Gold d'origine mongole, John est un homme imprégné et nourri par la culture traditionnelle cosaquo-bashkir héritée de sa mère : le parallèle n’est pas une simple formule de rhétorique. Au contact de son enseignement, on accède à des représentations, à des savoirs que seuls les hommes en symbiose avec leur milieu peuvent transmettre. À l’image de l’usage en cours chez les cosaques pour instruire les enfants, il a immergé notre groupe dans l’intimité animale pendant deux jours. Comme les apprentis cosaques, nous avons pu mesurer l’importance de savoir utiliser pleinement chacun de nos sens. Nous avons compris la nécessité de nous fondre dans le paysage, et la difficulté de nous déplacer silencieusement. Nous avons touché du doigt que l’art du pistage est un univers complexe ; que lorsqu’on ne sait rien de la personnalité des espèces au-devant desquelles on s’avance, quand on ignore tout de leurs lieux de vie et leurs habitudes, les empreintes qu’elles laissent à la portée de nos yeux défaillants ne sont qu’un livre aux pages blanches. Apprendre à pister en si peu de temps est évidemment utopique. Mais je suis repartie avec en tête une photographie très fiable de ce qu’exige la discipline, des acquis techniques qu’aucun ouvrage ne saurait transmettre et le profond désir de poursuivre cet apprentissage*

*J'ai depuis évidemment récidivé en suivant le stage d'initiation au pistage humain, mais ça... c'est une autre histoire !
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Cecile J.
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